Le concert de Noël

Ce soir, j’ai la chance d’être invitée au concert de Noël de l’Orchestre Philharmonique de Liège.

La salle est magnifique ; elle a été entièrement restaurée, tout en conservant les éléments anciens qui en font tout le charme : l’orgue, la verrière, les fresques.

J’entends le brouhaha des conversations autour de moi, les instruments de l’orchestre qui cherchent leur accord ; malgré les parfums mélangés de toutes les personnes présentes, je sens l’odeur typique de ce genre de lieu, mélange de poussière, de nettoyant des tissus et tapis.  Il ne fait ni trop chaud, ni trop froid, mais l’humidité ambiante n’est pas suffisante et, très vite, je regrette de n’avoir pas prévu une bouteille d’eau, parce que j’ai la bouche sèche.

Malgré ce léger inconfort, me voilà très vite dans ma bulle ; mon attention est uniquement dirigée vers ce qui se passe sur la scène.

L’invité d’honneur du programme est le Sirba Octet, qui va nous interpréter des airs d’Europe de l’Est, pour la plupart, de tradition orale et remontant à la nuit des temps.  Les musiciens se connaissent par coeur : le piano, les violons, la clarinette, la contrebasse se répondent spontanément, comme s’ils improvisaient.

Christian Arming, le « maestro » autrichien, me fait un peu penser au Tintin d’Hergé, avec ses cheveux clairs, sa houppe et son regard espiègle.  Il tient sa baguette au bout des doigts, très dignement;  pourtant, dès les premières notes, c’est de tout son corps qu’il dirige l’orchestre ; il tourne le dos au public et, malgré sa longue veste queue de pie, je ressens l’impulsion qui lui vient du sol, remonte dans ses jambes, irradie tout son dos, puis se transmet dans ses deux bras.  Je le vois tourner la tête vers les instruments à vent en gonflant les joues, inviter d’un clin d’oeil l’octet à entrer dans le jeu,  puis glisser sa baguette comme un archet pour que les violons entament leur trémolo; quand tout son corps vibre, le mien vibre à l’unisson, parce que la musique me pénètre par tous les pores de la peau.

L’orchestre symphonique et les musiciens du Sirba Octet s’adonnent à une partie de ping-pong instrumentale, comme s’ils improvisaient, un peu dans le style « jazz manouche ».

C’est grandiose.

Tantôt, la musique est charmeuse, je ferme les yeux en m’imaginant dans un restaurant tzigane, avec des musiciens qui évoluent de table en table.  La balalaïka de Nicolas Kedroff vient sublimer quelques titres ; elle apporte un son et une couleur absolument uniques, et donne à ce répertoire son caractère « cabaret tzigane russe ».

Puis, la musique se fait plus rude, ne cherche plus à charmer, et me transporte au milieu d’une fête villageoise russe.

A plusieurs reprises, le premier violon nous conte une histoire de mères juives, avant que l’octet nous emmène au coeur du ghetto de Varsovie, d’où s’élèvent des airs qui, entre rires et larmes, expriment à la fois la douleur et la joie de vivre de ce peuple persécuté.

Le public est conquis : pas une toux ni un éternuement, pas un froissement de papier ; ou alors, c’est moi qui n’entends rien ; plus rien ne compte, je ne sens pas le temps passer, je suis juste là.

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