Le Château de Farnières

Au coeur de nos Ardennes, une voie sans issue conduit au hameau de Farnières et à son château. A plusieurs reprises, j’y ai passé quelques jours, comme animatrice de groupes de jeunes. C’était il y a très longtemps.

Le séjour débutait quand nous descendions du train à Grand-Halleux, la gare la plus proche. Le responsable chargeait nos bagages à l’arrière de sa camionnette, pour nous permettre de marcher légers : une ascension de quelques kilomètres allait nous amener au bout de nulle part. C’était le moment des retrouvailles, ou des rencontres avec ceux qui nous rejoignaient pour la première fois.

Après la grille de fer forgé, nous nous engagions dans l’allée du château, bordée de pelouses et d’arbres centenaires. Je ne parlais plus, sous le charme de cette nature qui vivait au rythme des saisons : la neige recouvrait tout le paysage aux vacances de Noël, et laissait présager de belles batailles de boules ; le printemps résonnait du chant des oiseaux et, quand l’été était chaud, l’endroit dégageait une langueur qui donnait seulement envie de se laisser vivre. Je n’ai pas de souvenir de couleurs automnales là-bas.

Arrivée au pied du perron, je partais à la recherche de mon sac à dos et, dans un joyeux brouhaha, nous nous installions dans les chambres qui nous étaient attribuées.

Je revois ce long couloir très lumineux, ses pierres bleues et ses hauts plafonds qui nous renvoyaient l’écho de nos courses, cris et conversations enthousiastes. Les filles étaient séparées des garçons ; je me demande même si ceux-ci n’étaient pas logés dans une grange reconvertie, annexée au corps de logis principal.

Une fois installés, nous nous précipitions au réfectoire, guidés par l’odeur du vin chaud qui, traditionnellement, accompagnait notre premier goûter.

Ma guitare était toujours du voyage, et nous étions plusieurs à animer, en chansons, ce verre de bienvenue. C’est aussi en chantant que nous marchions, organisions des jeux, ou terminions calmement les veillées ; je me souviens que, chaque soir, au moment d’aller dormir, chacun de nous recevait une pomme, suivant le dicton « une pomme par jour éloigne le médecin ». Il m’arrive encore souvent de manger une pomme, accompagnée d’une tisane, pendant la soirée.

Contrastant avec la froide sobriété des espaces « utilitaires », le rez-de-chaussée respirait une époque révolue : ses boiseries, ses tapisseries, son immense bibliothèque m’imprégnaient d’une sérénité bienvenue en cette fin d’adolescence plutôt tourmentée.

Le domaine, tellement chargé d’histoire, était le théâtre de nos activités : groupes de réflexion, activités sportives, balades en forêt, de jour comme de nuit.

Ce fut aussi l’époque de nombreuses « première fois » : première cigarette (jamais terminée), premier flirt, premier chagrin d’amour, grandes amitiés qui se prolongeaient de façon épistolaire entre nos rencontres.

Je me souviens particulièrement d’une soirée pour laquelle deux soeurs avaient demandé à pouvoir utiliser l’antique quart de queue ; la plus jeune a commencé à jouer et, malgré le fait que le piano n’était pas tout fait accordé, nous avons entendu s’élever la voix sublime de l’ainée, nous offrant l’air du chérubin de Mozart « Mon coeur soupire ».  J’en frissonne encore en y pensant aujourd’hui.

Souvent, j’étais responsable du journal que chacun emporterait à la fin du camp : nous passions de longs moments à écrire nos articles ; je me souviens de cet énorme rouleau que nous devions imprégner d’encre, dont l’odeur âcre nous suivait longtemps ; nous nous relayions ensuite pour tourner la manivelle pendant des heures, et imprimer les stencils que nous avions soigneusement dactylographiés avec une machine sans ruban ; nous n’avions pas droit à l’erreur : une fois que le mot avait percé la feuille, plus question de la moindre correction.

La dernière nuit était souvent très courte et, une fois le journal bouclé, nous refaisions le monde autour de quelques bières.

J'écris

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