L’enfant aux cailloux, Sophie Loubière

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Institutrice à la retraite, Elsa Préau consigne scrupuleusement, dans des carnets, les événements insignifiants du quotidien, notamment l’observation très détaillée de ce qui se passe dans le jardin de ses voisins. Chaque dimanche, un garçon y apparaît, s’assied sous un arbre, et joue à entasser des cailloux. S’agit-il de faits réels, l’enfant est-il le fruit des délires hallucinatoires liés à la psychose paranoïaque dont elle souffre depuis qu’elle est petite ?

Le premier chapitre balaie la vie d’Elsa, de l’année mille neuf cent quarante-six (la fillette était alors âgée d’une huitaine d’années) jusqu’au début de l’année deux mille neuf. J’ai d’abord eu l’impression que les anecdotes racontées dans ces pages n’avaient pas grand-chose à voir entre elles ; en réalité, elles constituent le ciment de l’histoire, et campent les différents personnages. Les douze ou treize chapitres suivants décrivent, en détail, une partie de l’année deux mille neuf : mois après mois, puis d’un dimanche à l’autre, pour en arriver à découper certaines journées d’heure en heure.

L’aspect « thriller » n’apparaît vraiment que dans les derniers chapitres, avec un meurtre, plusieurs tentatives d’assassinats, une enquête, des révélations.

Le style me fait un peu penser à celui d’Eric Reinhardt dans « L’amour et les forêts », avec la répétition inlassable de « Madame Préau » au début de chaque phrase, comme Eric Reinhardt l’a fait avec Bénédicte Ombredanne. Ce style donne à ces romans une apparence horriblement ennuyeuse, et les lecteurs qui abandonnent un bouquin s’ils n’accrochent pas dans les trente premières pages en sont pour leurs frais.

Sophie Loubière raconte, de l’intérieur, une sorte de souffrance plurielle : l’enfant martyr, malade, mort, en relation compliquée avec ses parents, la maladie mentale, toutes sortes de détresses humaines en fonction de choix personnels et sociétaux.

Et si la maladie mentale s’est incrustée aussi profondément en elle, c’est parce que la douleur y a creusé un puits abyssal.

Chaque partie est introduite par la déclinaison de diverses associations des verbes croire et voir : « être ce que l’on croit », « voir ce que l’on croit », « ne pas en croire ses yeux », « croire ce que l’on voit » ; cette déclinaison constitue un vrai fil conducteur pour une lecture du roman au second degré.

Des clés, c’est tout un symbole : vous empêcher d’avoir accès à son intimité, à son monde, c’est aussi quelque part chercher à vous en protéger.

Les personnages s’épaississent au cours du récit : Elsa Préau n’est pas seulement une malade mentale, c’est une personnalité très attachante, dotée d’intelligence, de perspicacité, de sens de l’observation et de déduction particulièrement aiguisés.

Martin et Gérard apparaissent très longtemps comme des personnages secondaires, qui sont là pour faire vivre Elsa Préau. La richesse de leur personnalité et de leur présence n’est dévoilée que tout à la fin du roman.

J’ai beaucoup aimé les pointes de surréalisme, et aussi de tendresse profonde.

Ce bouquin est une pépite qui m’a fait passer du rire aux larmes, en naviguant dans toutes les couleurs de l’arc-en-ciel des émotions.

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